Les déchets biodégradables représentent 30-40% du contenu des poubelles. Cela correspond en moyenne à une soixantaine de kilogrammes par Français chaque année. Ils sont collectés, transportés et enfouis ou incinérés comme les autres.

Existe-t-il des solutions pour recycler facilement ces déchets ?

Une valorisation sur-place serait idéale et permettrait de supprimer 30% des camions poubelles, de l’essence qu’ils utilisent, etc.Vous avez sans doute pensé au compostage et à tous ses inconvénients. Cette pratique nécessite de la place, n’est pas très esthétique, attire les insectes et elle est souvent mal gérée donc malodorante, ce qui décourage un grand nombre de personnes. Surtout en ville.

Il existe pourtant des techniques de compostage accéléré et inodore qui peuvent être menées en appartement. Ne fuyez pas tout de suite !

Le lombricompostage est simple à mettre en place et à gérer (sans moucherons ni odeurs). En plus, l’installation ne fait que la taille d’une grosse poubelle.Bonus supplémentaire, le lombricompostage permet de produire un amendement de qualité pour les fleurs en pots ou le jardin ainsi qu’un engrais naturel très performant.

Vous l’aurez compris grâce au nom, le lombricompostage se rapproche bien plus d’un élevage de vers que d’un composte classique. C’est d’ailleurs grâce à eux que tout est possible.

Caractéristiques du lombricompostage

Le lombricompostage s’effectue dans des caissons superposés. Ces caissons contiennent du compost à différents stades de maturation. Lorsque le dernier plateau est plein, le premier est vidé et le cycle recommence.
Le fond de chaque plateau est perforé pour laisser circuler les vers et recueillir l’engrais qu’ils produisent (le lombrithé ou thé de compost).

L’installation doit bien sûr être étanche pour éviter les fuites et éviter le développement d’insectes.

Les vers ont besoin d’une température stable pour vivre et recycler les déchets dans de bonnes conditions. De 15 à 25°C est idéal. A croire qu’ils étaient fait pour le lombricompostage en appartement x)

Quel matériau pour votre lombricomposteur ?

Les contenants métalliques sont exclus car le milieu de culture est humide et à terme serait corrosif. La plupart des lombricomposteurs du commerce sont en plastique (généralement recyclés). La solution la plus simple serait d’utiliser des caisses plastiques de qualité alimentaire mais j’ai préféré me tourner vers le matériau bois.

Pourquoi ? D’abord parce que le bois est objectivement le plus beau matériau du monde. Nous sommes bien d’accord là-dessus mais j’ai d’autres raisons. Le bois est un excellent isolant contre le froid et il est relativement performant face à la chaleur, ce qui permet de protéger les vers (risque de mortalité en dessous de 0°C et au-delà de 35°C). Ensuite, le bois est un matériau respirant qui préviendra en partie les risques de fermentation et donc de mauvaises odeurs. Il régule aussi l’humidité ; je récolterai peut-être moins de lombrithé mais le développement des moucherons sera difficile. Enfin le bois est un matériau renouvelable. Je préfère l’utiliser à la place du plastique même recyclé ou récupéré.

Si vous avez accès à des caisses plastiques de récupération. Très bien (méfiance tout de même pour ce qu’elles ont contenu), les principes que je vais décrire sont proches mais je ne détaillerai que le bois.

Quel bois choisir ? Le bois de palettes peut convenir mais il faut s’assurer qu’il n’ai pas subi de traitement nocif. La plupart est traitée thermiquement, dans ce cas il y a le symbole HT (Heat Treatment) sur le tampon ou séché à l’étuve KD (Kiln Drying). DB veut juste dire écorcé (debarqued). En théorie, il n’y a plus de palettes traitées chimiquement mais si vous voyez les symboles CPI (Chemical pressure Impregnation) pour une imprégnation chimique ou pire MB (Methyl Bromide) qui est une fumigation au bromure de méthyl, eh bien , fuyez pauvre fous ! Ces produits très toxiques, tueront vos vers, ne seront pas terribles pour vous et le compost sera inutilisable. S’il n’y a pas de tampon, cela signifie que la palette n’était pas prévue pour franchir les frontières françaises. Elle a soit subit un traitement thermique ou aucun. Dans tous les cas, si la palette semble avoir des taches suspectes, évitez.

Les panneaux en bois (particules, OSB, médium etc.) ou les bois restructurés (bois lamellé-collé, bois abouté) sont à éviter. Les colles structurales qui sont employées sont généralement polyuréthane ou urée-formol.

La meilleure solution reste définitivement le bois brut non-traité, non-imprégné. Comme j’avais de petites planches de chêne, je les ai employées. Le bois de hêtre est trop nerveux (supportant mal les variations d’humidité). Même si les planches d’un lombricomposteur supportent peu de charges le sapin et l’épicéa sont trop peu durables (classe de durabilité 1 selon la norme EN NF 335). Le pin, le mélèze, le douglas, le châtaignier ou le chêne seront très bien.

Dimensionnement du lombricomposteur

Comptez 8 à 12 L par personnes. 8L pour les enfants et les consommateurs modérés de légumes, 12L pour les autres. En additionnant vous obtenez la capacité nécessaire pour votre foyer.

Il faut trois ou quatre bacs. Deux ce n’est pas suffisant pour faire la rotation des bacs, à partir de cinq la manutention devient contraignante et l’équilibre précaire.

Les bacs doivent être limités en hauteur. Au-delà de 20 cm, il y a un risque de tassement du compost, ce qui peut occasionner fermentation et mauvaise odeurs.

Le mien a été réalisé pour deux personnes donc j’avais besoin de 24L. Avec mes planches, j’ai obtenu un volume intérieur de 16cm x 26cm x 20cm (de hauteur) ce qui fait 8,3L soit un composteur de 25L à trois étages.

Pour vous aider dans vos calculs :
20cm x 30cm x 20cm (de hauteur) = 12L
30cm x 40cm x 20cm (de hauteur) = 24L /!\ la manutention risque de devenir difficile à cause du poids du compost…
A vos calculatrices !

Pour les perçages au fond des caissons, des trous de 6-8 mm seront parfaits. Je les ai espacés de 2 cm.

Récupération du lombrithé

Le thé de lombric doit être prélevé car cela permet d’assécher le milieu de vie des vers qui serait trop humide.

Le lombrithé passe à travers les bacs perforés mais il faut encore le récupérer en bas.
Un caisse percée équipée d’un robinet (et d’un joint) peut faire l’affaire.
Pour ma part j’ai choisi de faire un cône inversé à l’aide de géotextile (photo de droite). Le cône guidera le lombrithé dans le récipient placé en dessous. Nous verrons bien si cela fonctionne.

Pensez à mettre une plaque inclinée pour que les lombric qui tombent en bas puissent remonter au lieu de se noyer. J’ai juste placé un « tamis anti-noyade » de géotextile pour les empêcher de tomber.

Les utilisations du lombrithé sont nombreuses :
• Engrais liquide biologique. A diluer dix fois car il est très concentré
• Désherbant à utiliser pur (on comprend pourquoi il faut diluer maintenant ?)
• Dégraissant pour les bouteilles d’huile par exemple
• Répulsif naturel contre les insectes (à pulvériser)

Usinage du composteur 

J’avais les planches mais pas le matériel pour les usiner, c’est donc tout naturellement que je suis allé au fablab des trois lapins.
Tout d’abord les planches ont été coupées à dimensions avec le combiné à bois d’un autre adhérent. Merci Jean-Philippe ! Les coupes et les perçages ont été terminés avec la scie à onglet, la perceuse à colonne du fablab. Et quelques retouches à la raboteuse et à la ponceuse pour l’esthétique.

Comme l’équerrage n’était pas parfait lors de la coupe, il y a des jours par endroits. J’ai utilisé des cales et une colle alimentaire à l’intérieur pour les obstruer. Nous verrons bien à l’usage si c’est suffisant pour garantir l’étanchéité. Peut-être serait-il été préférable de les prévoir dès le départ de cette manière. Vissez bien par l’extérieur (à l’intérieur il y aura de la corrosion).

J’ai aussi ajouté des cales sous les caisses pour qu’elles s’emboîtent bien les unes dans les autres.

 

Accueil des locataires

 

Notez bien que tous les vers ne conviennent pas. Il faut se procurer des « vers composteurs ». Les vers laboureurs de champs et des jardins seront inutiles. Nous devrions donc plutôt parler vermicompotsage plutôt que de lombricompostage. Par égard pour la sensibilité de notre chère forgeuse je ne mettrai pas de photos 😉 mais vous pouvez chercher à quoi ressemblent les espèces Eisenia Foetida, Eisenia Andrei et Eisenia Hortensis. Ils sont plus fins que les vers laboureurs et ont des anneaux rouges.

Où peut-on les trouver ? Déjà vous pouvez les commander sur internet. Comptez bien 80€/kg… alors que vous pouvez les obtenir gratuitement.

Si vous connaissez quelqu’un qui a un compost, cherchez dedans, ils y sont. Sinon vous pouvez faire une promenade à la campagne et en prélever en grande quantité dans un tas de fumier. Ils sont aussi présents dans le sol forestier. Mais je vous conseille plutôt d’aller faire une demande sur le site plus2vers.com Grâce à la carte, vous pouvez trouver quelqu’un proche de chez vous qui pourra vous fournir des vers et quelques conseils pour commencer correctement le lombricompostage.

La suite ?

 

Il y aurait beaucoup à dire sur le démarrage, la gestion de la nourriture des vers et les actions correctives mais cela sort du cadre bricolage d’un fablab. D’autres personnes l’ont très bien expliqué et vous donneront toutes les informations nécessaires

Guide du Lombricompostage, Découvrir, comprendre et pratiquer le lombricompostage par le Sydom du Jura
letri.com/wp-content/uploads/2013/08/guide_lombricompostage_sydom2.pdf

Le site plus2vers.com est très clair et très synthétique.

J’ai pris aussi des renseignements sur lombricomposteurfacile.fr/

A vous de jouer !